Mas’ha, petit village Palestinien qui a
vu son existence bouleversée en raison de sa localisation
sur le tracé du mur de séparation qui se construit
entre Israël et la Palestine. C’est pour cette raison
que Nazeeh Shalabi, un des fermiers de ce village, a reçu
un jour un ordre de confiscation de la plupart de ses terres de
la part des autorités israéliennes. L’objectif
de cette spoliation étant de permettre la construction de
ce que l’on appelle aujourd’hui « the Wall of
Apartheid ». Aux yeux des autorités Israéliennes,
il s’agit d’une « mesure de sécurité
» consistant à séparer physiquement les Palestiniens
des Israéliens. Dans la réalité, la seule séparation
que ce mur provoque est celle entre les Palestiniens et leurs terres.
En effet, en 2004, on estimait qu’ils avaient déjà
perdu 1 100 hectares de terres fertiles sur lesquelles poussaient
des oliviers, quasiment l’unique ressource de ces fermiers.
Les palestiniens ont également dû subir la perte d’une
trentaine de puits d’eau, ainsi qu’une quarantaine de
kilomètres de canalisations : l’eau étant une
ressource précieuse dans cette région sèche
du monde, elle est ainsi devenue un moyen stratégique de
contrôle du territoire.
Par conséquent, lorsque le village de
Mas’ha s’est vu déposséder de près
de 98 % de son territoire, Nazeeh Shalabi a décidé
d’implanter un camp de protestation sur ses terres : the Mas’ha
Camp. L’idée n’était pas de bloquer l’évolution
des bulldozers israéliens – il s’agit d’une
contestation non-violente – mais d’alerter l’opinion
publique mondiale sur ce qui se passe dans cette région de
la Palestine. Il explique ainsi la raison d’être du
Camp de Mas’ha : “Nous voulons montrer que le peuple
Israélien n’est pas notre ennemi ; offrir une opportunité
aux Israéliens de coopérer avec nous et de supporter
notre cause ; montrer que « the Wall » est condamné
par la communauté internationale ; expliquer que «
the Wall » n’est là pas pour assurer la sécurité,
mais qu’il existe dans le but de confisquer des terres ; et
attirer l’attention des médias sur ce problème.
(…) Notre camp a montré que la paix ne se construira
pas par des murs et des séparations, mais par une coopération
et une communication entre les deux peuples qui vivent sur cette
terre. »
Visiblement dérangés par l’impact
médiatique qu’a pris cette action et par la mobilisation
forte qu’elle a suscitée auprès d’activistes
pour la paix, le 5 août 2003, les militaires Israéliens
ont arrêté 46 des Palestiniens, Israéliens et
internationaux qui étaient présents dans le Camp.
Puis, le 13 août, les autorités Israéliennes
ont voulu mettre fin à l’existence du Camp en déclarant
qu’il se trouvait dorénavant en Zone Militaire, fermée
à tous civils.
L’action militante du Camp de Mas’ha
ne s’est pas pour autant arrêtée, elle a été
relayée par d’autres manifestations. Un documentaire
a notamment été réalisé pour raconter
l’histoire de ces fermiers palestiniens qui militent pour
leur survie, leur liberté et celles de leurs enfants. La
lutte contre le Mur continue et ne s’arrêtera que lorsqu’il
tombera.
Annietha Gastard
Avril 2004
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